

Un commentaire d’Évangile est proposé à votre méditation afin de "savourer" spirituellement les textes que l’Église nous propose.
Nous espérons ainsi vous apporter une aide pour la prière personnelle mais aussi pour la préparation de l’Eucharistie.
Ces "propositions pour l’oraison" sont assurées, à tour de rôle, par des communautés contemplatives et de Frères et Sœurs aînés du Diocèse d’Évry.
De l’Evangile selon Saint Jean (Jean, 15, 26-27 ; 16, 12-15)
À l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples : « Quand viendra le Défenseur, que je vous enverrai d’auprès du Père, lui, l’Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage en ma faveur. Et vous aussi, vous rendrez témoignage, vous qui êtes avec moi depuis le commencement.
J’aurais encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous n’avez pas la force de les porter. Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous guidera vers la vérité tout entière. En effet, ce qu’il dira ne viendra pas de lui-même : il redira tout ce qu’il aura entendu ; et ce qui va venir, il vous le fera connaître. Il me glorifiera, car il reprendra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. Tout ce qui appartient au Père est à moi ; voilà pourquoi je vous ai dit : Il reprend ce qui vient de moi pour vous le faire connaître.
Pour aider notre prière
Nous fêtons aujourd’hui le Saint-Esprit. La fête de la Pentecôte clôt la période pascale qui aura duré 50 jours (c’est le sens du terme « pentecôte : une période de cinquante jours). La Pentecôte était d’abord une fête juive : la fête des Tentes) avant d’être adoptée comme une fête chrétienne. D’après l’évangile de Jean, c’est le Christ ressuscité qui a remis l’Esprit à ses disciples : « Recevez l’Esprit », dit-il.
Dans notre tradition latine, en Occident, on ne parle pas beaucoup de cette Trosième Personne de la Trinité. Pourtant, cette Personne divine tient une place important dans les débuts de l’Eglise comme en témoignent les lectures d’aujourd’hui. Trois traits caractéristiques de cet Esprit de Dieu sont développés.
D’abord, l’Esprit est un facteur d’unité de l’humanité. De toutes les races, de toutes les cultures l’Esprit fait un seul peuple pour louer et adorer Dieu. La scène qui se passait à Jérusalem, le jour de la Pentecôte, veut nous dire que grâce à l’Esprit toutes les langues, toutes les cultures se reconnaissent comme « un » dans le langage de la Bonne Nouvelle du Christ. Si toutes les religions du monde, depuis toujours, sont l’expression culturelle des peuples qui les pratiquent, la religion chrétienne est une ouverture à l’universalité, à la catholicité. Dans nos communautés paroissiales : Asiatiques, Européens, Américains et Africains se trouvent côte-à-côte. A la Pentecôte la tour de Babel a été abattue pour laisser la place à la cohabitation des peuples pour la même adoration du vrai Dieu.
Ensuite, l’Esprit fait de nous le temple de Dieu et héritiers de son Royaume. On entend souvent par ci par là que beaucoup de jeunes désertent nos églises aujourd’hui, car ils n’y trouvent pas de repères pour la vie. Ce n’est pas vrai. Être temple de Dieu, héritier du Royaume : voilà d’abord des repères théologaux, avant d’être repères éthiques. Le corps d’un baptisé est le temple de Dieu, un sanctuaire : Dieu y habite ! Mon corps n’est pas ma propriété personnelle, je n’en fais pas ce que je veux ; même sans vie, ce corps est sacré : c’est le sens de l’encensement du corps à l’enterrement, ce n’est pas un simple rite de respect envers le mort.
« Tout homme est une histoire sacrée, l’homme est à l’image de Dieu », qui a mis en nous son Esprit pour que nous tenions debout sur la terre. Baptisés, nous sommes aussi héritiers du Royaume de Dieu. Ce Royaume n’est pas seulement à venir. Il est déjà là en partie quand nous nous aimons réellement.
Enfin, l’Evangile dit que l’Esprit est notre Défenseur et notre Guide. La vie est une lutte, un combat. La vie chrétienne n’élimine pas, hélas, cet aspect âpre de la vie humaine. Avec Blaise Pascal, convenons-en que l’homme est le plus vulnérable de toutes les créatures, mais c’est un « roseau pensant » : il sait qu’il est fragile. Voilà pourquoi Jésus nous promet un Défenseur pour nous aider à faire face à cette lutte pour la vie en Dieu dans toutes circonstances. Mais l’Esprit ne se contente pas de prendre notre défense, il nous guide aussi, comme Eglise, vers Dieu, un peu plus chaque jour.
Viens Esprit Saint, viens Esprit de sainteté, viens Esprit de lumière, guide nos pas vers la plénitude de la vie. Amen
Évangile de Jésus-Christ selon Saint Luc (Lc 1, 39-56)
En ces jours-là, Marie se mit en route rapidement vers une ville de la montagne de Judée. Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth. Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle. Alors, Élisabeth fut remplie de l’Esprit Saint, et s’écria d’une voix forte : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. Comment ai-je ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? Car, lorsque j’ai entendu tes paroles de salutation, l’enfant a tressailli d’allégresse au-dedans de moi. Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur ».
Marie dit alors : « Mon âme exalte le Seigneur, mon esprit exulte en Dieu mon Sauveur. Il s’est penché sur son humble servante ; désormais tous les âges me diront bienheureuse. Le Puissant fit pour moi des merveilles ; Saint est son nom ! Son amour s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent. Déployant la force de son bras, il disperse les superbes. Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles. Il comble de bien les affamés, renvoie les riches les mains vides. Il relève Israël son serviteur, il se souvient de son amour, de la promesse faite à nos pères, en faveur d’Abraham et de sa race à jamais ».
Marie demeura avec Élisabeth environ trois mois, puis elle s’en retourna chez elle.
Pour aider notre prière
Dans ce récit de la Visitation, tout est hâte, tout est joie : « Marie se rend en hâte chez sa cousine.. » Deux femmes se saluent sur le seuil de la Nouvelle Alliance : l’une est vieillissante, l’autre encore toute jeune ; et à elles deux elles résument toute l’histoire sainte : derrière Élisabeth, toute ridée, se profilent de longs siècles de préparation, et Marie, rayonnante, sans tache ni ride, annonce l’Église de Jésus. C’est Marie qui se déplace, mais en elle, c’est la Parole qui commence à faire son chemin. C’est aussi Marie qui salue la première, elle la servante porteuse du Serviteur ; mais dès que le son de sa voix parvient à Élisabeth, celle-ci sent son enfant tressaillir dans son sein. L’Esprit Saint, qui fait irruption en elle, lui dévoile la portée symbolique de ce mouvement de l’enfant au moment même de l’arrivée de Marie. Qualité de la rencontre : rencontre de deux futures mères, et dans l’ombre, rencontre des deux enfants, rencontre qui se fait Parole : Marie a reçu la salutation de l’ange, et elle transmet à Elisabeth cette salutation. La réponse d’Elisabeth met en lumière cette atmosphère de joie partagée : "Bienheureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur !"
La béatitude de Marie s’enracine dans la foi, et Jésus lui-même le proclamera solennellement, le jour où une femme, dans la foule, élèvera la voix pour lui dire : "Bienheureuse la femme qui t’a porté et nourri !" Jésus répondra : "Tu veux dire : la femme qui accueille la parole et qui la garde !" C’est la béatitude de tous ceux qui ont bâti leur vie sur la promesse de Dieu.
Alors jaillit le Magnificat, mosaïque de textes de l’Ancien Testament. C’est d’abord la gratitude personnelle ; puis la prière s’élargit à tout le peuple d’Israël. La joie messianique déborde de partout : chacune se réjouit du bonheur de l’autre.
« Nous sommes invités à être continuellement en état de visitation, comme Marie auprès d’Élisabeth, pour magnifier le Seigneur de ce qu’il accomplit en l’autre, et en moi, » disait Christian de Chergé.
Marie énumère les causes de sa joie : Dieu l’a sauvée, Il l’a regardée, elle, son humble servante, Il a fait pour elle de grandes choses.
Esprit-Saint, toi qui as inondé Marie de ta lumière, aide-nous à accueillir ce regard de tendresse et d’amour de Dieu sur chacun de nous, et à découvrir dans nos vies et dans celle des autres, la trace de l’œuvre de Dieu. Alors, nous pourrons chanter avec Marie :
De la lettre de Saint Paul aux Romains (Rm 8, 14-17)
« Frères, ceux qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu. L’Esprit que vous avez reçu ne fait pas de vous des esclaves, des gens qui ont encore peur ; c’est un Esprit qui fait de vous des fils ; poussés par cet Esprit, nous crions vers le Père en l’appelant : « Abba ! » C’est donc l’Esprit Saint lui-même qui affirme à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. Puisque nous sommes ses enfants, nous sommes aussi ses héritiers ; héritiers de Dieu, héritiers avec le Christ, si nous souffrons avec lui pour être avec lui dans la gloire. »
Pour aider notre prière
Alors que Matthieu conclut son évangile par une exhortation : « Allez donc ! De toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit », l’épître de Paul aux chrétiens de Rome mérite toute notre attention pour comprendre la portée de l’envoi de Matthieu.
Être baptisé au nom du Père, du Fils et de l’Esprit, c’est d’abord et avant tout être plongé dans la mort et la résurrection de Jésus-Christ, devenir Christ avec lui, devenir Fils avec lui. C’est être traversé par l’épreuve du mystère pascal qui enseigne à ceux qui y sont plongés que la vie de Dieu ne se reçoit que d’être donnée.
Le mystère de la Trinité, qui peut nous laisser perplexe, ne se comprend que dans ce mouvement de don et d’offrande. Le Père remet tout son amour entre les mains du Fils. Le Fils remet tout son amour entre les mains des hommes et entre les mains du Père, et cet amour, c’est l’Esprit. C’est dire que désormais, nous sommes inclus dans la vie trinitaire. Pour le dire autrement, Jésus ne s’est pas incarné 33 ans pour ensuite rentrer chez lui, chez Dieu. Ressuscité, il demeure pleinement Dieu et pleinement homme. Ressuscité, il emmène avec lui l’humanité chez Dieu. Nous sommes désormais scellés avec lui dans la vie de Dieu, pour toujours : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde », rappelle Matthieu en conclusion de son évangile. Emmanuel, d’ailleurs, c’était « Dieu avec nous ».
Alors, on peut entendre ce que dit Paul aux chrétiens de Rome : « Vous êtes des Fils de Dieu ». Oui, nous avons à régner avec Dieu. Le baptême nous constitue comme membres à part entière d’un peuple de prophètes, de prêtres et de roi. Régner, comme des hommes et des femmes libres, qui n’ont peur ni de ce que l’on dira d’eux, ni de l’accusation (l’accusateur, le Satan est détruit), ni de la vérité, car elle rend libre ! Devenir des Fils de Dieu, non plus des esclaves, mais des Fils, sûrs de cette parole : « Que dire après cela, si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? » (Rm 8, 31). Oui, nous en sommes sûrs : rien ni personne « ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus notre Seigneur » (Rm 8, 39). Il y a urgence à l’annoncer, de façon crédible, par des paroles et des actes de profonde bienveillance et de vraie liberté.