Pourquoi en est-on arrivé à ce succès massif du référendum (succès que personne ne nie) ?
Les explications qui nous ont été données sont variées :
L’histoire du Soudan est millénaire, mais c’est une histoire où, malgré tous les liens qui existaient, le Sud estimait ne pas être vraiment reconnu.
Le pays était en proie, depuis 1955, à une série de divisions qui ont donné lieu à deux guerres civiles (1955-1972 / 1983-2005) entre le pouvoir central et le sud (pendant que d’autres batailles se menaient, notamment au Darfour). Les guerres civiles ont occasionné deux millions de morts et quatre millions de réfugiés ou de déplacés.
John Garang -le leader de la rébellion du sud- a été l’artisan d’une paix -signée en 2005- qui devait aboutir dans son esprit à rendre l’unité du Soudan attractive et, pour beaucoup, à le voir élu comme président de ce nouveau Soudan.
Garang est mort… et personne ne s’est plus battu pour l’unité du pays. Dans ces conditions, le référendum aboutit à ce à quoi aboutit tout référendum d’autodétermination, à sanctionner l’indépendance.
En fait, le nord Soudan est engagé dans un processus de modernisation effréné… La pauvreté du sud était devenue un boulet. Il l’a abandonné d’autant plus que la manne pétrolière se tarissait.
L’inculpation du Président Bachir à la Cour pénale internationale et les sanctions économiques causent des ravages, et le Président Bachir a voulu se concilier l’opinion internationale en cessant proprement la guerre avec le Sud.
En fait, les nord Soudanais veulent toujours l’unité du Soudan et, sachant la faiblesse du Sud et son hostilité actuelle au grand Soudan, il joue l’échec du Sud Soudan pour que celui-ci finisse par lui demander de revenir dans la fédération.
Il existe un jeu des Américains, qui préfèrent un Sud divisé qu’un Soudan uni, soutenant l’extrémisme musulman (sic).
La question n’est pas posée avec la même force que pour le Sud… mais elle se pose !
La réponse est conditionnée par la « mise en examen » du Président Bachir par la Cour pénale internationale et par l’embargo, qui est très pénalisant.
Elle est évidemment conditionnée par les questions récurrentes du Darfour, d’Abyéi et du Blue Nile. La situation au Darfour elle-même devrait évoluer au rythme des changements de la Lybie.
Elle est certainement dépendante de l’augmentation mondiale du prix des matières premières.
Certains affirment que le Président Bachir règne mais ne gouverne pas… et que l’Islam dominant n’est pas (n’est plus) celui des fondamentalistes mais celui des soufis, aussi, pensent-ils, les appels à renforcer la charia sont assez largement des discours destinés à renforcer l’unité des musulmans, alors que le Président n’a rien à offrir de concret face aux évolutions du monde et à ce qui peut apparaître comme la perte d’une partie du territoire.
Ainsi, beaucoup pensent :
Que le moteur de l’action gouvernementale est la modernisation du pays.
Que le gouvernement est conscient de la nécessité de donner à tous les citoyens l’envie de participer à cet effort.
Certes, il existe une force de sécurité de 500 000 personnes, mais les prisons politiques sont (relativement) peu remplies (2 000 personnes contre 200 000 en Egypte de Moubarak) ( ?).
Le gouvernement cherche à reconquérir l’estime internationale, qui lui semble indispensable. Il veut aussi établir un lien avec le Sud, dont il sent la propension naturelle à s’ouvrir au Kénya et à l’Ouganda plutôt qu’à lui.
Le problème de la gestion des eux du Nil est capital pour tous. Jusqu’à présent, des accordes des années cinquante donnent à l’Egypte le quasi monopole de leur utilisation (barrages, etc…)… ce que les pays limitrophes voudraient remettre en cause.
Il ne semble pas que l’appareil statistique soudanais soit d’une précision extrême… et il peut apparaître que certaines soient utilisées dans un but politique.
| Habitants | 8,9 millions | 36 millions |
| Surface | 640 000 km2 | 2,5 millions de km2 |
| Mortalité maternelle pour 100 000 naissances |
1700 | 1100 |
| Accès à l’eau potable | 50 % | 70 % |
| Espérance de vie | 42 ans | 59 ans |
| Femmes analphabètes | 90% | |
| Educateur (maître, professeur, pour 1000 élèves) |
1 | |
| Accès à l’école | 50% | |
| Femmes bachelières | 2 % | |
| Part du revenu du pétrole dans les ressources de l’Etat |
48% | |
| Budget de la province Equatoria | 12 millions de dollars | |
| Budget du diocèse correspondant (Torid) | 10 millions de dollars |
Il est évidemment impossible de répondre à la question. Nous avons entendu beaucoup d’arguments pour et contre :
L’extrême pauvreté et le niveau très bas de tous les indicateurs humanitaires.
L’absence d’élite autre que militaire : tous les responsables ont été chefs dans le maquis.
Le délabrement ou l’inexistence de toutes les infrastructures (il n’y a sans doute pas 10 kilomètres d’asphalte dans un Etat grand comme la France).
Les problèmes de l’eau, de l’assainissement.
La mauvaise qualité du pétrole et son épuisement prévisible assez rapidement.
Une situation enclavée.
Une population marquée par cinquante années de guerre et incapable –dans l’ensemble- de travailler « ordinairement »… Les savoirs techniques sont perdus, notamment dans l’agriculture.
La corruption… en tout cas, la préférence tribale de toutes les élites.
La lutte entre les tribus, même si cette lutte a été quelque peu masquée par le refus commun du Nord. Le Nord est accusé d’instrumentaliser ces divergences.
L’absence de communication entre O. N. G., O. N. U., gouvernement et société civile.
Les habitudes de vie d’un niveau supérieur à ce qu’ils peuvent trouver au Sud, des sudistes qui reviennent du Nord.
L’absence de prévisions et de plans du gouvernement pour l’après référendum.
Mais :
Le succès du référendum a déclenché un vrai dynamisme et une sympathie internationale.
Le Sud, depuis la signature des accords de paix (2005), a accueilli 2 000 000de personnes (2005-2010), dont 200 000 en 2010, et cela ne s’est pas si mal passé.
La terre est riche, cultivable, et il y a des possibilités d’irrigation.
L’O. N. U. semble avoir une politique « d’empowerment » (favoriser les responsabilités), plutôt que de gouverner directement avec des spécialistes.
Alors que les difficultés sont gigantesques et qu’il n’y a qu’un seul parti, issu de l’armée de libération, les gouvernements locaux demeurent assez proches du peuple.
Il existe une réelle volonté de collaborer avec le nord d’égal à égal.
Pour le moment, le gouvernement du sud semble pragmatique dans la résolution des grands points chauds des relations avec le nord (pétrole, Abyéi).
† M. Dubost
Évêque d’Évry - Corbeil-Essonnes
Le 9 mars 2011