Le bac !
Comment ne pas penser avec sympathie à tous ceux qui le passent ? Et à leurs parents ?
Comment ne pas remarquer le stress de ces derniers ?
Va-t-il réussir ? Et s’il ratait…
Je comprends et je n’oserais critiquer… Pour autant, je trouve que cette angoisse est contre-productive.
Un récent sondage (Ipsos santé / fondation Wyeth - 12 adolescents de 15 à 18 ans et 813 adultes de plus de 25 ans, interrogés du 20 au 27 mars 2009 ) montre que 70% des adolescents sont satisfaits de leur vie, alors que seulement 27 % des adultes pensent qu’ils le sont.
Ce pessimisme des adultes est accablant. Lourd à porter.
Et, de plus, il n’est pas justifié.
Incontestablement, la formation demeure la meilleure protection contre la précarité. Là, les adultes ont raison.
Lorsque l’on parle de chômage des jeunes dans les statistiques officielles, on parle du chômage de ceux qui ne suivent pas d’études (il est ridicule de parler du taux de chômage des 15-25 ans : un jeune de 15 ans n’a pas le droit de travailler… cela n’a donc pas de sens en soi, même si les comparaisons et les solutions peuvent être intéressantes…) : or, ceux qui se mettent tôt sur le marché du travail sont le plus souvent des jeunes sans formation.
Mais la formation ne suffit pas.
Il faut avoir un minimum de confiance dans le progrès –en tout cas dans la réussite …- et dans l’utilité du travail. Or, le sondage révèle que 87 % des jeunes interrogés pensent que la réussite est liée au travail fourni… Les parents, eux, pensent à 44 % que leurs enfants ne croient qu’à la chance … et, non seulement ils sont pessimistes sur la société, mais aussi sur la qualité du travail de leurs enfants.
Il faudrait s’interroger sur l’origine de ce pessimisme.
La crise ? Peut-être… mais le pessimisme existait avant.
L’augmentation du nombre de personnes formées dans le monde ? Au fur et à mesure que les matières premières deviennent rares et donc chères, la matière grise se développe, et donc a moins de valeur relative sur le marché… peut-être. Mais pourquoi les Français sont-ils alors plus pessimistes que les Américains du Nord et les Suédois ?
Puis-je avancer une hypothèse supplémentaire ? Les Français ont passé le XXè siècle à déconstruire toutes les institutions. L’art ne devait plus conduire au beau, mais produire de l’insolite, du nouveau. C’est cela, le maître mot était le nouveau… et les grands capitalistes ont d’ailleurs financé les recherches artistiques les plus folles, comme pour apprendre à chacun à changer, bref, à consommer plus pour être plus.
Rimbaud disait déjà : « Il faut être absolument nouveau » (Mauvais sang)… et il est devenu fou après s’être inventé une généalogie. Duchamp a poussé l’art jusqu’à présenter un urinoir comme œuvre d’art, et non pas parce que cet urinoir était beau, mais parce que Duchamp déclarait que c’était une œuvre artistique… le goût du nouveau conduit au médiocre ou à la surconsommation.
Comment, devant ces folies, ne pas être pessimiste ?
Disant cela, je ne tiens pas à revenir en arrière, ni même à dire du mal de l’époque… Non, mais j’éprouve une véritable joie à savoir que de jeunes concitoyens passent le bac après un temps de travail où - malgré ce que l’on dit - ils apprennent un peu à réfléchir et à avoir un esprit critique.
Cela dit, la génération des adultes devrait sortir du dénigrement et plutôt veiller à accueillir des jeunes partout où cela est possible, les accompagner, discuter avec eux… Beaucoup de familles aident financièrement les plus jeunes… Il nous faut probablement veiller à ceux dont les parents ne peuvent pas faire cet effort. Ce n’est pas le pessimisme, mais la volonté, qui donne à chacun ses chances. Et la réussite n’est pas d’abord une affaire d’argent. Il nous faut croire, non au nouveau à tout prix, mais au futur de notre société.
+ Mgr Michel Dubost
Évêque d’Évry - Corbeil-Essonnes
Le 15 juin 2009