En Essonne, les chiffres font état des 100 000 étrangers… et de près de 90 000 français par naturalisation. Puis-je me permettre de remarquer que ceux-ci sont français et qu’ils ne rentrent plus dans la catégorie « étrangers »… même si nous devons être attentifs à ce qu’ils puissent être fiers de leur culture… c’est à dire de ce qu’ils apportent à notre histoire.
Par contre les chiffres officiels ne disent rien des sans-papiers en Essonne. (30 0000 adultes, 30 000 enfants).
La question comment faire société ensemble.
De toute façon il nous faut apprendre à vivre ensemble ! en 2030, l’Europe aura un déficit (par rapport à aujourd’hui) de 40 000 000 personnes s’il n’y a plus de migrations. L’Europe a besoin de migrants.
Il est vrai qu’à l’heure actuelle l’Europe (et spécialement l’Allemagne) est le premier pôle de migration du monde. Sur un milliard de personnes déplacées on compte :
740 000 000 déplacés internes (dans leur pays)
250 000 000 migrants internationaux
( 61 Sud → Nord
60 Sud → Sud
50 Nord → Nord
14 Nord → Sud
14 Est → Ouest)
Mais n’oublions pas que notre pays est à la fois un pays d’accueil, de départ, de transit.
Deux remarques encore sur les étrangers :
Leur migration est souvent à la fois économique et politique (la mauvaise gouvernance de leur pays rend difficile à leurs yeux le sentiment d’avoir un avenir) Elle est souvent aussi familiale.
L’apport des étrangers est essentiel pour leur pays d’origine. 337 Milliards d’euros en 2007, 305 en 2008, c’est-à-dire 3 fois l’aide internationale… leur apport est souvent vital.
Comment vivre ensemble ?
Il ne s’agit pas de vivre les uns à coté des autres…mais les uns avec les autres.
Ce n’est pas facile !
Il faut un effort…
Car les étrangers d’aujourd’hui et de demain arrivent dans une société qui se cherche.
Fin d’une certaine manière de vivre la prospérité… et dérégulation qui risque de briser l’unité… même si cela résiste (face à la crise…), comme le montre l’attachement des français à la sécurité sociale.
Fin des grands récits, des explications du monde (colonisation, raison, marxisme, salut).
* Eglises, partis, n’assument plus la cohésion.
* L’art est éclaté.
Doute sur la possibilité d’un avenir meilleur et donc sur la nécessité de s’unir pour y parvenir.
Division dans le domaine religieux entre quatre grandes religions : catholique (protestante), juive, musulmane et laïque : la « religion » laïque s’offre pour coiffer les autres et leur servir de cadre souvent sans se critiquer elle-même. L’État cherche un équilibre et a trouvé un véritable modus vivendi avec toutes les communautés religieuses sauf l’islam pour lequel il cherche encore le mode d’emploi.
Divisions sociales marquées : les chrétiens se trouvent dans la classe moyenne et l’élite traditionnelle (même si celles-ci ne sont pas pénitentes. Les campagnes deviennent païennes et les classes populaires (sauf certains immigrés) sont quelquefois loin de la foi chrétienne.
Recherche identitaire marquée chez beaucoup de juifs repérables d’A.F.N (Afrique Française du Nord). Mais aussi recherche identitaire importée, marquée par des conflits étrangers (Palestine).
Apparence de communautarisme qui provient du fait que l’immigration se passe en réseau (97% des Algériens qui émigrent, le font en France).
Face à toutes ces difficultés, il convient de repartir des fondamentaux.
Devant ces difficultés beaucoup fondent l’unité sur le fait de ce qui pourrait arriver (apocalypse, 2012, climat… désagrégation politique).
Cela n’est pas la voie.
La voie c’est de repartir des fondamentaux.
Pour l’Eglise, il n’y a pas d’étrangers. Dans l’Esprit Saint nous sommes frères…, même si nous parlons des langues différentes.
Notre Synode… nous donne comme travail de célébrer l’Évangile dans une communauté diversifiée…
Ce travail est à faire : Il nous faut toujours construire cette identité. → Il n’y a pas d’étrangers dans l’Eglise. La liturgie signifie et permet de faire corps ensemble. → Chacun doit être fier de ce qu’il est par origine : à nous d’aider chacun à apporter son histoire sainte à notre communauté ! Le Musée de la cathédrale est un exemple de ce qui doit être fait avec ce qu’il montre de l’Afrique.
Mais il nous faut aussi agir comme citoyen. Un pays a des limites et il faut l’admettre. Les limites servent à définir des identités.
Pour cela il faut repartir de notre constitution.
« Le peuple français proclame solennellement sont attachement aux droits de l’homme et aux principes de la souveraineté nationale tels qu’ils ont été définis par la Déclaration de 1789, confirmée et complétée par le préambule de la Constitution de 1946. »
Constitution du 4 octobre 1958, préambule
« La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances.
L’emblème national est le drapeau tricolore, bleu, blanc, rouge.
L’hymne nationale est « La Marseillaise ».
La devise de la République est : « Liberté, Egalité, Fraternité. »
Son principe est : gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple. »
Constitution du 4 octobre 1958, Titre premier, article 2
Comme citoyens chrétiens…il me semble que nous devons contribuer à propager l’Esprit de cette constitution... Être français veut dire être un héritier d’une culture ouverte sur l’universel, appelant à être solidaire, voulant construire l’avenir en acceptant le solde de son passé… et en particulier sa langue.
« La Nation est en effet la grande communauté des hommes qui sont unis par des liens divers, mais surtout, précisément, par la culture. La Nation existe « par » la culture et « pour » la culture, et elle est donc la grande éducatrice des hommes pour qu’ils puissent « être davantage » dans la communauté. Elle est cette communauté qui possède une histoire dépassant l’histoire de l’individu et de la famille. C’est aussi dans cette communauté, en fonction de laquelle toute famille éduque, que la famille commence son œuvre d’éducation par ce qui est le plus simple, la langue, permettant ainsi à l’homme qui en est à ses débuts d’apprendre à parler pour devenir membre de la communauté qu’est sa famille et sa Nation. »
Jean-Paul II UNESCO le 02 juin 1980
Être citoyen français c’est avoir culturellement comme ancêtre le gaulois… mais c’est aussi vouloir contribuer à créer un monde d’ouverture. La culture n’est pas seulement un héritage, c’est un chantier où chacun doit pouvoir apporter aussi son histoire personnelle.
Comment conclure !
Il nous faut d’abord faire confiance aux gens propres à notre pays (et bien fiers de notre Eglise) pour accueillir les étrangers et permettre à chaque français, quelle que soit son origine, de trouver sa place.
Pour le diocèse trois institutions ont été mises en place :
Une cellule d’accueil des migrants.
Un conseil de pastorale des peuples dont la fonction est de réfléchir à la question.
Une équipe animatrice qui a pour but d’aider à la réalisation d’actions qui permettent à chacun d’apporter à l’ensemble de notre communauté sa part de vérité.
Je rappelle, et j’encourage chacun, à participer aux fêtes des peuples qui sont célébrées dans beaucoup de secteurs autour de l’épiphanie, au Chanté Noël offert par les antillais le 13 décembre à 15h à la Cathédrale d’Evry, au concert des Africains du 09 mai à 15h à ND de France à Juvisy et à la fête de Notre Dame de Fatima, les 15 et 16 mai à Longpont.
+ Mgr Michel Dubost
Évêque d’Évry – Corbeil-Essonnes
Conclusion de la journée diocésaine de formation
sur "Vivre ensemble avec des cultures différentes".
le 3 décembre 2009.