Chacun le sait, chacun le sent :
les conséquences de la crise sont encore là.
Certes, il est facile de faire peur
et d’annoncer toutes les catastrophes :
on risque toujours d’en avoir une qui vous donne raison !
Il est plus difficile d’analyser en profondeur
et de tirer des leçons de la crise.
Évidemment, je n’en suis pas capable.
Pour autant, il me semble nécessaire d’interroger le rôle de l’économie.
L’économie, dans la société pré-industrielle, est un rouage,
une expression de la vie sociale.
Le commerce, c’est l’échange…interpersonnel.
A l’origine le marché n’est pas seulement un lieu où l’on achète et l’on vend.
Mais où l’on se parle, où l’on fait société.
La modernité, petit à petit, a fait de la terre et du travail
des marchandises comme les autres
et du marché un lieu anonyme qui fait abstraction des hommes.
Les hommes eux-mêmes sont devenus des marchandises.
Ils ont protesté… tout au long du XXème siècle.
Les soviets et les nazis se sont appuyés sur cette protestation
pour, face au libéralisme, rétablir l’État et un lien social.
Fausses (et criminelles) solutions qui, au fond, faisaient abstraction de l’homme.
Le libéralisme et l’oubli de l’homme ont gagné…
La technique et la finance, au nom du progrès, ont continué leur travail.
Aujourd’hui, l’économie n’a plus de rapport avec la société.
Elle est totalement abstraite de la réalité humaine…
L’économie est devenue un but et non plus un moyen.
Elle fonctionne ici en faisant des chômeurs,
là, en surpayant des footballeurs ou des entrepreneurs.
Abstraite, sans vrai rapport à la société,
elle est sujette aux troubles psychologiques des marchés,
aux rumeurs (ce que les spécialistes appellent des noisy traders),
aux anticipations irrationnelles,
aux cultes de l’innovation.
Le défi est clair.
Si l’on se refuse aux retours en arrière,
aux dictatures,
Il faut lutter pour que l’économie reprenne sa place de servante.
Comment ? Le défi est énorme.
Peut-être faut-il, dans un premier temps,
faire en sorte de ralentir les flux…
Pour donner le temps de réfléchir les actions
et leurs implications humaines.
Il est intolérable que le geste automatique d’un financier,
une frappe sur « Enter »,
puissent mettre un pays à plat :
il faut taxer, ne serait-ce qu’un peu, pour ralentir, les mouvements financiers.
Mais ceci n’aurait de sens que dans une reconquête politique
un appel à chacun à travailler au bien commun
(loin des lobbies… loin de son intérêt particulier),
comme Benoît XVI le préconise, redonner le sens du gratuit,
de l’échange gratuit.
Simplement pour la joie d’être ensemble.
Cela peut sembler utopique.
C’est, pour autant, le seul moyen de continuer à vivre ensemble.
+ Mgr Michel Dubost
Évêque d’Évry - Corbeil-Essonnes
Le 28 juin 2010