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Discours sur les violences sexuelles lors des guerres


MgrDubostMesdames, Messieurs,


En ce moment même, le comité diocésain de Justice et Paix du Bukavu organise à Mugogo une journée de réflexion sur le rôle des militaires dans la lutte contre les violences sexuelles au sud Kivu. Cette journée est suivie par 50 militaires environ.

Avant-hier, le même comité s’adressait à environ 100 personnes que je qualifierai de relais d’opinion sur le thème « Sensibilisation des populations contre la stigmatisation des victimes de violences sexuelles et des enfants nés de viol. »

Président de Justice et Paix France, je suis fier de donner ici un écho à la lutte de Justice et Paix au Kivu contre les violences sexuelles et en faveur de leurs victimes.

Nous sommes probablement ici tous convaincus de l’importance de cette lutte, non seulement au Congo mais dans le monde entier… pour nous, ce colloque ne peut avoir d’autre but que de réfléchir ensemble à la meilleure manière d’éradiquer le fléau du viol.

Le premier défi est d’analyser la situation. Je ne dis pas comprendre. Le mal est toujours incompréhensible, et, au fond, inexplicable. Cela dit, si, pour la victime, les conséquences du viol sont tout aussi dramatiques, il y a viol et viol. Le viol individuel perpétré par un soldat mal commandé, le viol du chef, qui s’assure par là le repos du guerrier et veut signifier sa virilité ne sont pas du même ordre que le viol organisé comme une arme de guerre destinée à détruire un peuple, en humiliant les hommes –incapables de défendre leurs femmes- en faisant peur, en marquant symboliquement la possession d’un territoire.

Le deuxième défi est de demander justice. Il est évident que cette demande est difficile… car la guerre et la justice ne font pas bon ménage : ces viols sont souvent commis dans des lieux où l’Etat n’a plus ou peu de pouvoirs… où des groupes armés n’ayant aucune considération pour le droit international imposent leur loi de manière plus ou moins stable. Il nous faut au minimum envisager comment les tribunaux internationaux peuvent être saisis. Et chercher à donner du poids aux législations nationales concernant le viol.

Cela dit, nous savons tous que peu de femmes auront les moyens, par elles-mêmes, de recourir à la justice. Il est absolument nécessaire que des O. N. G., des communautés religieuses, des chefferies les aident à penser qu’une telle demande est possible et qu’elle est souhaitable… Oui, nous devons relever le défi de l’impunité.

Le troisième défi est celui de l’aide aux victimes.
Malgré les apparences, ce n’est, de loin, pas le plus simple : les conséquences physiques (maladies sexuellement transmissibles, SIDA, déchirures, mutilations), psychologiques, sociales (avec le fréquent rejet familial), morales (la honte) sont littéralement incalculables. Et il est important d’évaluer la pertinence d’indemnités financières, lorsqu’elles remplacent toute véritable prise en charge humaine.
Les femmes sont certes les premières victimes, mais elles ne sont pas les seules. La famille proche est aussi une victime et il est important de prendre en compte les dommages psychologiques et moraux des compagnons, des enfants, de la grande famille.

Enfin, il faut aussi nous pencher sur le cas des bourreaux. Certes, je l’ai dit, l’impunité est insupportable, mais beaucoup de bourreaux sont à la fois des victimes et des bourreaux, je pense notamment aux enfants-soldats.

Le quatrième défi est celui de l’opinion publique, de la formation des leaders d’opinion –et, en particulier, des cadres militaires-. Il peut sembler que nous soyons devant un dilemme : soit nous considérons que les tabous sexuels sont une sorte de protection contre le viol et alors il faut ne pas trop en parler pour ne pas banaliser ce crime ; il peut arriver en effet qu’à force d’en parler ce crime semble ordinaire et moins grave que la conscience commune ne l’affirme…Soit nous considérons qu’il faut en parler et que parler peut avoir une véritable efficacité.

C’est sans doute dans cette dernière direction que nous irons… mais alors, il faut veiller à élargir notre propos : dans bien des pays en guerre, le viol n’est pas seulement une arme ; de la situation du conflit il s’est répandu comme un virus dans la société dite civile et peut être une exigence pour réussir des examens, pour obtenir un travail. Très souvent, dans ces cas-là, on ne parlera pas de viol… mais la réalité peut être assez semblable.

Ce défi de l’opinion publique et de la formation doit être relevé à l’égard des jeunes hommes en général et des militaires en particulier : il s’agit de répandre une image de la virilité respectueuse de la femme. Les images du net prouvent que c’est une mission difficile. Au deuxième niveau, il s’agit de réfléchir aux conditions de l’emploi légitime de la force. La force ne peut être employée que comme un dernier recours, par l’autorité compétente, avec comme finalité le retour à la paix…
Celle-ci ne peut être fondée sur l’humiliation.

Mesdames et Messieurs, beaucoup d’entre vous sont bien plus compétents que moi pour traiter de l’ensemble de ces sujets… Je ne suis, et ne peux être, qu’une voix appelant à relever ces défis avec le plus de compétence professionnelle possible, et avec un amour sans limite pour les victimes de la barbarie de notre monde.

Bon congrès.


+ Mgr Michel Dubost
Évêque d’Évry - Corbeil-Essonnes
Président de Justice et Paix France
Le 23 novembre 2010




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