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Jean-Paul II et le projet de la cathédrale d'Évry |
Présidée par Mgr Dubost,
en présence de
Mgr Fortunato Baldelli
Nonce Apostolique en France
Homélie de Mgr Dubost

Tout à l’heure en vous accueillant il y a une personne que je n’ai pas accueillie. C’est vous Monseigneur. Mgr le Nonce est celui qui a été désigné par JP II pour être présent au cœur de l’Eglise de France et être son représentant, et d’une certaine manière, à lui tout seul par sa présence, il symbolise ce lien que le Pape voulait avoir avec l’Eglise de France, d’autant plus dans cette cathédrale que le Pape l’a visitée et qu’il avait un véritable intérêt pour cette communauté que nous représentons ce soir. C’est pour cela que je le remercie vivement. Il nous apporte quelque chose encore, de la volonté de JP II vis à vis de notre communauté.
I) Vous avez entendu tellement de choses sur JP II que j’ai pensé qu’il était intéressant, même si mon point de vue est un peu personnel, d’essayer de comprendre devant vous, le secret qui lui a permis de réunir autant de gens aujourd’hui, et autant de gens dans sa vie. Ce secret doit être compréhensible même pour des non chrétiens. Voilà ce qui me paraît être, à travers son action, comme à travers ses écrits, la conception qu’il avait d’une personne humaine, de toute personne humaine.
Pour lui, toute personne humaine avait trois caractéristiques fondamentales qui peuvent nous aider à réfléchir encore aujourd’hui.

Toute personne humaine était à ses yeux un sanctuaire, un sanctuaire inviolable.
Dès le Concile, et probablement avant, il s’est battu pour que l’on reconnaisse explicitement ce qui est une tradition dans l’Eglise : la liberté de conscience. La liberté... Je vous ai dit tout à l’heure que c’était une conscience, mais on sentait bien que sa conception de l’homme était de se trouver devant chacun, quelles que
soient ses convictions, quelle que soit sa religion, quelle que soit sa culture, devant un sanctuaire.
Il y a quelque chose de respectueux dans le contact qu’il avait avec chacun. On dit qu’il avait du succès avec les jeunes : je crois qu’en grande partie, c’est parce qu’il les a respectés.

Un sanctuaire, un sanctuaire avec quelque chose de sacré. Bien sûr pour lui, tout homme, toute femme est à l’image de Dieu. Mais, même si on ne croit pas cela, on peut penser que l’homme, que la femme, sont plus que ce qu’ils sont ; qu’il y a au cœur de chacun quelque chose qui le dépasse et qui est sacré. Et il est clair que le Pape a toujours essayé de révéler à ceux qu’il rencontrait ce qu’ils avaient d’unique et de dépassant l’économie, la culture, la politique, le social, etc.
Enfin, si chaque homme est un sanctuaire, si chacun a au cœur de lui quelque chose de sacré, pour lui, un homme est totalement un homme, une femme est totalement une femme, par la communion et pour la communion. Ceci mérite un peu d’explication : Il a passé sa vie en rencontrant les gens, à dire qu’il les admirait quand ils étaient en communion, en amitié, en lien, en lien avec leur histoire. Dès son premier voyage en Pologne, en France, partout, il a essayé de donner à chacun le sens de sa dignité venant de son histoire. Par la communion, pour la communion, avec tous les hommes de la terre, et il a voyagé dans tous les pays. Nous ne pouvons pas être nous-mêmes si nous refusons notre histoire. Nous ne pouvons pas être nous-mêmes si nous refusons de nous ouvrir aux autres. Mais plus spécialement, il a toujours insisté pour que cette communion soit offerte à tous les blessés de la vie, même si ce n’est pas la vie qui blesse, mais les hommes. Il a toujours insisté pour que la communion que nous devons propager soit ouverte à tous. Il a toujours essayé de lutter contre tout ce qui brisait le lien avec les autres. Quand il a résisté à la guerre, quand il a dénoncé quelque chose, c’est parce que la communion en était brisée. Il savait résister. Il l’a montré dans toute sa vie, mais jamais en refusant la communion. Cette conception de la personne est au cœur de son succès. Nous savons tous que nous ne pouvons pas vivre et être nous-mêmes dans un monde de lutte, de rapport de force ou d’oubli de l’autre sous l’emprise de l’argent ou de telle ou telle loi. Nous sommes faits, dit-il, avec notre liberté, mais pour vivre en société, par la communion et pour la communion.

II) Maintenant, j’aimerais vous expliquer le secret de son secret. Il l’expose dès le début de son pontificat, dans sa première encyclique, sur le Rédempteur de l’homme. Pour lui, le mystère de l’homme ne se découvre que dans le mystère du Christ.
Le Christ est l’Homme qui révèle à l’homme ce que c’est qu’être un homme. Le texte que nous venons de lire (1) , qui est celui de l’Eglise universelle selon le calendrier ordinaire, le texte de la multiplication des pains dans St Jean nous dit des choses très simples. Le Christ, dans un monde occupé, difficile, avec des espérances de toutes sortes qui se mélangent et qui s’affrontent, est un homme libre. Il nous apprend ce qu’est la liberté. Il ne refuse pas le pouvoir pour les autres, mais ce n’est pas sa mission et Il reste libre, même devant la pression des autres. Le Christ, va faire un miracle, mais le plus important est peut-être qu’ " Il rendit grâce ". Il est totalement lui-même, il ne craint pas la solitude, et en même temps, Il est lié à celui qui est son Père. Il sait qu’il doit tout à Dieu, à son Père. Il est d’autant plus puissant qu’Il est soumis, recevant, accueillant ce que son Père lui donne. Ce qu’Il fait est un miracle matériel, mais nous savons tous que ce miracle signifie quelque chose de la communion humaine.
Il n’y a pas de spirituel dans l’Evangile qui ne soit lié à la condition humaine et donc aux questions matérielles. Cette communion qu’Il construit en donnant du pain, est faite pour construire la communion humaine à travers les siècles.
III) Tel est l’héritage que nous pouvons avoir de JP II.
Nous avons trois conséquences à en tirer :
La première, c’est d’avoir conscience de notre liberté. De ne pas raisonner parce que les autres disent que c’est cela qu’il faut penser. Nous ne pouvons pas honorer JP II et ce qu’il nous a appris de l’Evangile en étant des moutons ou en refusant de réfléchir. Nous devons être libres, être des consciences. Et cette conscience est plus forte que tout. Vous avez entendu la 1ère lecture (2). Si l’Esprit du Christ est en nous, nous ne craignons rien.. Nous avons peur de notre ombre. Entendez encore l’appel de JP II dès le premier jour " Ouvrez les portes du Christ. N’ayez pas peur. " Soyez-vous mêmes et ayez conscience de l’Esprit qui est en vous.
Tout à l’heure, je vais prendre du pain et du vin. Dans ses dernières années, JP II a réfléchi à l’Eucharistie et essayé de nous dire que pour lui, il était essentiel d’essayer de comprendre quelque chose de ce mystère, pour défendre l’homme, pour être au service des hommes, pour connaître Dieu. Je vais donc prendre du pain et du vin. Je dirai " c’est mon Corps, c’est mon sang ", et aura lieu ce miracle extraordinaire de la présence de Dieu au milieu de nous, ce Dieu qui a tout fait, qui nous dépasse et que nous ne comprenons pas est au milieu de nous . Sous une forme qui ne se comprend que dans le partage. Ce contact, ce lien avec Dieu est le cœur de la dignité de l’homme que l’Eglise doit défendre à tous prix. Non en employant l’arme d’un savoir ou du mépris, mais l’arme de la communion. Nous ne pouvons être fidèles à ce qu’il nous a appris de l’Evangile qu’en étant conscient de notre liberté, en étant sûr que nous sommes habités par Dieu, pour regarder le monde comme il l’a regardé.
Construire à temps, et à contretemps, l’unité du genre humain. Nous devons commencer ici, dans notre diocèse, dans notre département, en regardant les uns les autres ce qui est admirable chez l’autre. Nous devons savoir discerner chez chacun ce qu’il y a de positif. Notre arme doit être la miséricorde, la volonté de construire avec l’autre, tel qu’il est. Nous ne pouvons pas être fidèles à JP II si nous sommes toujours en train de juger les autres. Notre arme, et notre unique arme, c’est l’amour.



(1) - Evangile de Jésus-Christ selon St Jean (6, 1-15)
(2) - Lecture du livre des Actes des Apôtres (5, 34-42)
Photos ©ADECE
Toi Seigneur, qui donna au pape Jean-Paul II la force de faire entrer ton Eglise dans le 3ème millénaire, inspire à tous les chrétiens l’audace de la foi et la tendresse de l’Espérance dans les temps qui viennent.
Toi Seigneur, qui permit à Jean-Paul II de rencontrer les nations et les cultures, et d’affronter les systèmes politiques totalitaires, donne aux dirigeants des peuples, comme aux responsables de nos sociétés, l’intelligence et le courage de bâtir un monde de justice, de fraternité et de paix.
Toi Seigneur, qui inspira au Pape Jean-Paul II des gestes de pardon et des paroles de réconciliation, donne à toutes les religions de savoir s’ouvrir au dialogue mutuel. Puisse l’esprit d’Assise fonder une mondialisation fraternelle sur notre planète Terre.
Toi Seigneur, qui nous fit reconnaître en Jean-Paul II un père en humanité, regarde nos frères et sœurs qui souffrent dans leur corps et dans leur cœur. Ecoute les plaintes des malades, les cris des mutilés et des torturés, le silence de ceux qui sont interdits de parole. Modèle en nus tous, e soir ici rassemblés, un cœur miséricordieux, ouvert à l’appel des autres, et un regard attentif aux signes des temps.